l'ange du matin

Ce roman policier plaira beaucoup à ceux qui comme moi ne connaissent l'Islande que par les yeux et surtout le moral quelque peu neurasthénique du rugueux commissaire Erlendur d'Arnarldur Indridason, sans oublier les éruptions volcaniques qui mettent le bazar dans le trafic aérien, ce que pour ma part, je trouve assez cocasse.

Oubliée la lande, ce roman se déroule principalement à Reykjavik bien que la scène d'introduction se déroule à Akureyri : Einar, journaliste, assiste plus ou moins à l'agression inexpliquée d'une postière qui se révèle être sourde, détail (enfin, par pour elle) qui prendra toute son importance au cours du roman.

Einar est correspondant à Akureyri pour le Journal du Soir, basé à Reykjavik, et c'est là qu'il va être chargé d'interviewer Olver, peu sympathique homme d'affaires qui a participé à la crise financière ayant frappé l'Islande à partir de 2008 (le livre a été écrit en 2010) et qui veut faire amende honorable ou plutôt se racheter une virginité pour pouvoir replonger dans les affaires une fois que la crise aura passé, si on est cynique et désabusé.

Olver a été jusqu'à peu propriétaire du Journal du Soir, mais ses parts appartiennent maintenant à la Banque.

Les choses vont se compliquer un peu avec l'enlèvement de Margret Bara, fille d'Olver...

Ce bouquin a plein d'énormes qualités, vraiment.

C'est d'abord un excellent polar, mêlant plusieurs fils avec beaucoup d'habileté, et dont l'issue se révèle doublement surprenante. L'air de rien, Arni dresse un portrait très amer de l'Islande, pays qui avait tout simplement l'Indice de Développement Humain le plus élevé au monde en 2007 et 2008 et qui s'est trouvé précipité dans une crise causée par la crise des subprimes mais aussi par l'extraordinaire endettement des banques du pays représentant plusieurs fois la richesse du pays.

Et ça fait mal, Arni en décrit les effets économiques dans la société, et plus particulièrement dans le Journal du Soir qui est obligé de licencier du personnel (dans la vraie vie, le journal 24 Heures a tout simplement mis la clé sous la porte).

Mais les effets ne sont pas qu'économiques, ils sont aussi et surtout sociaux et moraux : pessimisme, cynisme et immoralité font leur apparition, la classe politique tout entière est désavouée, le pays est complètement déboussolé.

Sans vouloir dévoiler la fin, Arni sait mélanger les genres et l'issue du roman illustrera parfaitement cette perte de repères.

Et puis, Arni (je l'appelle par son prénom non pas parce que je le connais mais parce que c'est la coutume en Islande où il n'existe pas vraiment de patronyme) prend son temps : et  s'il a envie de vous parler pendant 10 pages de la surdité, de musique, de renoncement à l'alcool, de journalisme il le fait, et avec talent. 

Titre : L'ange du matin

Auteur : Arni Thorarinsson

Editeur : Métaillé, 312 p.

Prix : 

- Métaillé (04/10/2012) : 20,00 €

- Points - Points Policier (07/11/2013) : 7,30 €

- Format numérique : 7,49 €

Titre original :  Morgunengill

Traduction de l'islandais (Etats-Unis) : Eric Boury

Note : 4/5