le transfuge

Si le Transfuge, édité aux Presses de la Cité en 1980, est bel et bien ce qu'on peut appeler un roman d'espionnage au sens où il oppose des espions et contre-espions Américains et Soviétiques dans les années 1970, il est bien loin des oeuvres hermétiques et tristounettes qui nécessitent de prendre des notes et du Doliprane en lisant.

Les considérations de l''ordre de la stratégie politique et militaire sont évoquées pour la forme, Robert Littell s'attache plutôt à rendre crédibles et vivants les deux personnages principaux que sont Stone, américain russophone dont les parents ont fui la Russie au moment de la Révolution de 1917, chargé du débriefing de Koulakov, transfuge passé à l'Ouest, et à décrire la vie en U.R.S.S.

Oui, il est question de manipulation à plusieurs degrés : Koulakov est-il un véritable transfuge ? Les secrets qu'il délivre sont-ils des pièges ? Certains sont-ils cependant véridiques. L'exercice est plutôt rondement mené et suscite beaucoup d'intérêt.

Ce roman permet de comprendre les enjeux de domination qui ont opposé deux mondes pendant plusieurs dizaines d'années, les jeux à chausse-trappes mis en place par les deux pays, les oppositions ayant pu exister entre civils et militaires à l'intérieur d'un même camp, mais aussi les différences culturelles.

Il est par ailleurs parfaitement documenté et l'enquête de Stone en territoire ennemi est passionnante.

Si le sujet peut paraître daté, il présente un intérêt historique certain et la trame romanesque est loin de se limiter à une manipulation entre espions, laissant beaucoup de place aux combats intérieurs auxquels Stone est confronté (son origine Russe, sa fille qu'il ne peut plus voir, sa maîtresse qui lui explique tous les possibilités pour notre monde de s'auto-détruire).

L'humour et la dérision est par ailleurs très présents dans ce roman, à l'image de Staline-du-Matin, doublure de l'original, qui vit avec un transsexuel et permettra à Stone d'opérer une avancée majeure dans son enquête. 

Titre : Le Transfuge

Auteur : Robert Littell

Editeur : Points (Policiers) 299 p, 11/02/2010, 7,10 €

Titre original : The Debriefing

Traduction de l'anglais (Etats-Unis) :  Mélissa Manchette

Note : 3,5/5