polarama

Ce roman est drôle, monstrueux, satirique et propose une réflexion intéressante sur l'écriture de fiction.

Harry Bloch est un écrivain sous pseudo, condamné à écrire des romans de science-fiction, de vampires avec du sexe toutes les 3 pages qui se vendent à 5000 exemplaires ; sa vie amoureuse est du même tonneau puisque Jane l'a quitté pour un vrai écrivain.

J'oubliais : pour boucler ses fins de mois, il donne des cours à des adolescentes dont rapidement il rédige les copies pour gagner plus d'argent.

C'est un raté, mais il est sympathique, et on se réjouit avec lui lorsque Claire, une de ses étudiantes âgée de 15 ans qui va le coacher, lui suggère de s'habiller avec les vêtements de sa mère défunte qui figurait sur la 4ème de couverture de certains de ses romans, pour rencontrer ses quelques fans.

Ses bouquins attirent vraiment des tordus puisque le premier d'entre eux est Darian Clay, tueur en série au sens artistique très développé puisqu'il réalisait des compositions florales avec le corps de ses victimes. Darian est dans le couloir de la mort et propose un marché sérieux à Harry : Darian lui raconte son itinéraire de tueur en série et en échange, Harry écrit des histoires pornographiques mettant Darian en scène.

Mais de nouveaux meurtres vont bientôt se produire alors que l'assassin est sous les verrous...

Ce roman est drôle et cynique comme du Westlake, les quelques chapitres que Harry Bloch nous livre de Va où la petite vertu te mène, ô Capitaine, sa commande en cours qu'il peine à terminer (Polyphony, dans la coquerie, préparait des pancakes, du bacon et des œufs. C’était une Salope de type 4, blonde, tout équipée, et elle s’était réveillée avec un appétit d’ogre.) sont d'un humour très douteux, et c'est délicieux.

Les vrais écrivains, les performers, ne sont pas épargnés par le cynisme joyeux et moqueur de David Gordon, qui réalise par ailleurs  un jeu d'équilibre réussi entre vraie intrigue, thriller dans lequel des viscères sont parfois éparpillées à tout vent, humour mais aussi réflexions et clins d'oeil à propos de la fiction et du cinéma, mais aussi de la lecture : 

Ainsi sont les vrais lecteurs, les mordus, ceux qui se défoncent à la fiction comme les toxicos à l’héro, qui aiment la littérature comme les amants aiment leur moitié : à en perdre la raison.

Ce qui nous est présenté comme un 1er roman est une véritable réussite, il se murmure ça et là sur le Net que David Gordon serait le pseudo (pseudos dont l'auteur use et abuse dans le roman, je citerai seulement Teubi Maguire et Sibylline Lorindo-Gold) d'un écrivain plus connu, ce qui serait une remarquable une mise en abyme inversée.

Mystery Girl, sorti aux Etats-Unis en 2013, devrait être publié cette année en France.

Titre : Polarama

Auteur : David Gordon

Editeur : Actes Sud (Actes Noirs) 400 p, 01/06/2013, 22,80 €

Titre original : The Serialist

Traduction de l'anglais (Etats-Unis) :  Laure Manceau

Note : 4/5