la compagnie

 

 

Un roman policier (au sens large qui englobe le roman d’espionnage) doit sa qualité tant à l’intrigue et à la profondeur de ses personnages qu’à la capacité de son auteur à l’ancrer dans une réalité soit connue et partagée par les lecteurs, soit mystérieuse, opaque, à plusieurs facettes, ce qui est le cas ici.

Lorsque l’exercice prend la forme d’une saga mettant en scène plusieurs générations d’espions et contre-espions, narrant la quasi-intégralité des relations Est-Ouest de l’après-guerre jusqu’au milieu des années 1990, il s’agit de l’œuvre d’une vie.

La Compagnie décrit principalement le parcours de 3 jeunes hommes engagés par la C.I.A. naissante après-guerre et leur apprentissage d’un monde bipolaire dans lequel deux grandes puissances veulent à tout prix gagner une guerre d’influence.

Les intrigues sont multiples, bien menées (nul besoin de prendre des notes) et la qualité du roman tient dans la capacité de Robert Littell à créer un équilibre convaincant entre trajets personnels (dont certains sont à peine romancés, comme celui de Philby) et trame historique : l’ouvrage, fort bien documenté, retrace sans concession, surtout pour les hommes politiques,  40 ans d’histoire extérieure américaine, avec une grande place accordée à Berlin, Prague et Cuba, les hésitations, les opérations ratées, les traîtres, les idées farfelues pour assassiner Fidel Castro, les coups de billard à 3 bandes.

Ce roman reste une œuvre de fiction, et si certains éléments sont présentés comme le fruit de l’imagination paranoïaque de James Angleton selon lequel la plupart des dirigeants des pays de l’Ouest travaillaient pour l’U.R.S.S., d’autres le sont moins précautionneusement, à l’image de la mort de Jean-Paul 1er dont la description par Robert Littell est venue alimenter la page Wikipedia des théories complotistes sur le sujet.

C’est ce qui rend le maniement de ce roman, présenté parfois comme un livre d’histoire ou bien un récit journalistique,  un peu délicat, et rend nécessaire de démêler le vrai du faux.

Par ailleurs, si certaines événements sont rapportés avec beaucoup de réalisme (la résistance pragoise, l’épisode de la Baie des Cochons), l’évocation de la période Gorbatchev, le démantèlement politique et économique de l’U.R.S.S. est faite à très gros traits et frôle souvent la caricature.

Malgré ces quelques points mineurs, la Compagnie demeure l’ouvrage de référence pour découvrir ou redécouvrir le roman d’espionnage et la période de la Guerre Froide. 

Titre : La Compagnie - Le grand roman de la C.I.A.

Auteur : Robert Littell

Editeur : Buchet/Chastel 912 p, 6/7/2003 (épuisé)

Titre original : The Company : A Novel of the C.I.A.

Traduction de l'anglais (Etats-Unis) :  Nathalie Zimmermann

Note : 4,5/5