un blues de coyote

Sam Hunter ou Samson Chasseur Solitaire ?

 Il avait tout gommé, tout rangé dans un petit coin de son cerveau, vivait dans la paranoïa la plus complète, saturé d’informations,  de GPS, d’ordinateurs, de téléphones portables.

 Sa vie de jeune adolescent Crow avait basculé le jour où il avait fait basculer Anus, flic pervers qui menaçait sa belle, par-dessus le parapet d’un pont ; il avait dû fuir, tout recommencer comme un gregario pour lequel il se faisait passer à travailler dans les champs.

 Il était devenu quelqu’un, à Santa Barbara, vivait dans un appartement-villa, mais il était diablement seul.

 En parlant de diable, Vieux Bonhomme Coyote débarque dans la vie de Sam, c’est un personnage fantastique qui se transforme au gré de ses humeurs malicieuses ou furieuses, ça dépend des moments, en libellule, en chien…ou plus souvent en indien lubrique.

 Comme tout diable qui se respecte, il rend un sacré service à Sam, en lui permettant de rencontrer Calliope, la femme que Sam attendait.  Puis il va s’empresser de mettre le bordel dans sa vie : boulot, maison, tout y passe… Et en plus Calliope qui s’en va.

 Parallèlement à cette histoire rocambolesque – Sam court derrière Calliope - qui mène de la Californie de carte postale à Las Vegas, en passant par des coins beaucoup moins reluisants, Christopher Moore revient sur la jeunesse de Sam, sa vie de jeune Amérindien, son initiation par son oncle Pokey.

 L’écriture de Christopher Moore est très rythmée, il se passe quelque chose à toutes les pages, la galerie des personnages est bien remplie : Aaron Aaron, mentor professionnel de Sam, qui lui appuie sur la tête pour mieux le faire couler, le gardien de son immeuble qui fait tout pour le faire virer, l’ex de Calliope qui réfléchit sérieusement à la meilleur manière de tuer Sam…

 Avec Vieux Bonhomme Coyote, émanation de la conscience de Sam et son alter ego gentiment (il ne viole pas la secrétaire de Sam mais la séduit) diabolique, tout est permis !

 Ces personnages sont tous terriblement cyniques, amers, perdus, attachants.

 Mais Blues de Coyote va bien plus loin que l’aventure burlesque.

 Les retours en arrière évoquant la jeunesse de Sam, périodes de repos dans la lecture méritées, permettent de connaître et comprendre le peu de cas qui a été fait des Amérindiens, hier émigrés de force loin de leurs terres, aujourd’hui ballottés entre politique d’intégration à marche forcée et reconnaissance tardive de leur culture qui apparaît cependant encore vivante et pleine de vérités que nous avons oubliées.

 Plus encore, la métamorphose première de Samson Chasseur Solitaire en Sam Hunter, personnages que tout oppose, l’impasse affective dans laquelle se trouve le Sam du début du roman, sa solitude, nous interrogent sur les origines, sur ce qui fait un homme, sur les mensonges auxquels nous cesserons un jour de croire, à l’égal d’un Philip Roth dans La Tâche ou d’une Karine Tuil dans L’invention de nos vies.

Ce roman est profond, ubuesque et très drôle !

Titre : Un blues de coyote

Auteur : Christopher Moore

Editeur : Gallimard (Série Noire), 394 p.

Prix : 

- Gallimard - Série Noire (12/02/1999) : 8,55 € (épuisé)

- Folio - Policier (17/02/2005) : 8,90 €

Titre original : Coyote Blue

Traduction de l'anglais (Etats-Unis) : Luc Baranger

Note : 4,5/5