jambon

Carlos Salem revient avec un polar débridé, drôle, rocambolesque, poétique et très charnel, mais livre aussi des réflexions tantôt inquiètes (sur ce qui fait un être humain : ses choix, ses actes) tantôt optimistes (les relations entre les êtres humains).

Nicolás Sotanovsky a 7 jours pour retrouver Noelia (rousse), en compagnie d'une brune (Nina), sinon Serrano lui trouera la peau, sur les ordres de la Momie. Le pire est qu'il ne sait même pas pourquoi. Il sera pourchassé par un détective privé qui met du tilleul dans sa flasque, commencera un voyage en bus qu'il terminera en voiture jusqu'au Maroc.

On retrouve une partie des ingrédients préférés de Carlos Salem : des personnages en rupture, des méchants maladroits qui ont un coeur d'or, des femmes qui aiment, qui aiment faire l'amour et mentir, des chats qui parlent, une intrigue qui est là parce qu'il en faut bien une.

L'amitié (concept plus simple que l'amour) a comme dans "Aller simple" une place importante, Nicolás se lie avec son bourreau, écrit pour lui des lettres d'amour, pleure le cadavre d'un détective privé qui le pourchassait.

Mais l'humour est dans ce roman plutôt triste, désabusé et l'action laisse souvent la place à des réflexions plus sérieuses sur le thème de la fuite (plutôt que prendre des décisions). Le personnage principal Nicolás a fui l'Argentine et Elle, dont il attend une lettre (les e-mails n'ont pas cours dans les histoires d'amour de Carlos Salem), il a fui l'engagement. Au-delà de la course après Noelia, Nicolás court après lui-même, doute, ne veut pas décider, rentrer dans le rang.

C’est qu’il a compris la dualité de l’être humain, illustrée par la quasi-totalité des personnages, et lui a choisi de rester sur le fil, de fuir chaque fois qu’il doit choisir.

Le résultat pourrait décontenancer, comme si Carlos Salem avait écrit deux romans, l’un pour la galerie, brillant, loufoque, un autre sur notre triste condition, avec pour trait d’union la poésie et le rêve. 

Titre : Un jambon calibre 45

Auteur : Carlos Salem

Editeur : Actes Sud (Babel Noir) 288 p, 9/2/2013, 22,00 €

Titre original : Un jamón calibre 45

Traduction de l'espagnol :  Claude Bleton

Note : 4/5