le dernier lendemain

C’est à la fois un roman policier avec une intrigue ciselée, fournie en rebondissements liés à la nature profonde des êtres humains qui oscillent entre le bien et le mal, et, au-delà, une description du climat moral régnant dans l’Amérique des années 50. C’est enfin un livre choral construit avec beaucoup de virtuosité et de sensibilité.

 Los Angeles, 1952. Sandy Duncan, 13 ans, tue son beau-père à l’aide d’une arme fabriquée et tente maladroitement de maquiller son crime en gravant sur le front de sa victime (qui élève son beau-fils en lui plantant une fourchette dans la main au cours d’un repas) une étoile inspirée des Comics qui sont sa seule distraction.

 La mère de Duncan, partagée entre l’horreur du meurtre et l’amour pour son fils, va tenter avec une de ses amies comme elle entraîneuse, d’influer sur le sort du jeune garçon en faisant chanter le Procureur chargé de l’affaire à l’aide de photographies très compromettantes.

 Pour tenter de dédouaner Duncan, ce flic  arriviste va engager une croisade contre les Comics violents et mettre en cause Manning, l’éditeur de cette BD, mafieux qui utilise sa maison d’édition pour camoufler des activités illicites, et dont le comptable, Teddy Stuart, vient d’être arrêté pour meurtre et s’apprête à livrer son employeur à la Police en échange de sa liberté.

 Eugene est lui l’auteur de ce Comic, écrivain raté qui survit à Los Angeles. Manning va imaginer de faire assassiner son comptable, protégé par la Police, et de faire porter le chapeau à Eugene.

 Personnage rêveur, Eugene va devoir pour être innocenté vivre et écrire l’histoire de sa vie, lui qui n’arrive pas à écrire la vie des autres, le chemin sera difficile, plein de rebondissements, d’aides et de trahisons.

 L’inspecteur chargé de l’affaire, ombre solitaire dont la femme est morte d’un cancer, sombre progressivement dans l’héroïne, s’accrochant comme il peut à cette enquête avec beaucoup d’humanité.

 Au tout début des années 50, l’Amérique est engluée en plein maccarthysme, période de prohibition mentale hystérique succédant à une politique plus volontariste des démocrates qui avait  pris corps pendant la guerre et qui visait à améliorer la condition des Américains par une politique de grands travaux, d’amélioration  de l’habitat et du système de sécurité sociale.

Ryan David Jahn décrit un Los Angeles industrieux, sombre, désargenté, à mille lieues des paillettes d’Hollywood, une Amérique hypocritement puritaine dont l’élite va discrètement s’offrir des plaisirs sexuels tarifés en prônant la rigueur morale.

C’est l’Amérique pauvre des pensions pour hommes seuls et des femmes dont les maris sont partis depuis bien longtemps, des bars où les hommes s’encanaillent pour oublier qu’ils doivent avoir deux jobs pour vivre.

Ce livre reflète les contradictions et les excès de ce pays et de cette époque aussi bien qu’un livre d’histoire, la chasse aux Comics symbolisant l’hystérie politique qui avait cours, la course à la morale, pour mieux faire oublier la dureté des conditions de vie.

Enfin, la construction de ce livre, plusieurs itinéraires de vie qui vont se croiser, s’entrechoquer, autour d’un engrenage fatal, outre qu’elle rompt la linéarité du récit, met en lumière l’interdépendance des personnages, mais aussi la singularité des êtres lorsque des scènes-clé sont décrites selon le point de vue de plusieurs protagonistes.

Une vraie réussite.

Titre : Le dernier lendemain

Auteur : Ryan David Jahn

Editeur : Actes Sud (Actes Noirs), 384 p.

Prix : 

- Actes Sud (12/11/2014) : 23,00 € 

- Format numérique : 14,99 €

Titre original : The Last Tomorrow

Traduction de l'anglais (Etats-Unis) :  Vincent Hugon

Note : 4/5