utu

Utu est le second tome, après Haka, de la Saga Maorie écrite par Caryl Ferey. Fitzgerald est resté sur le carreau à la fin de Haka, mais pas grave, l’anti-héros prendra les traits d’un de ses collègues, Osborne, qui dépasse son maître en matière de déglinguerie et de noirceur dès les premières pages.

Osborne débarque dans ce roman, puant la pisse, défoncé après une nuit dont il ne garde pas vraiment de souvenirs, pour reprendre l’enquête de Fitzgerald et chasser chaotiquement un chaman fou et ivre de vengeance.

Nous voilà embarqués dans une enquête mêlant fric, corruption, pouvoir, droits des Maoris, mais on est loin du roman de procédure, ou alors la procédure a bien changé : les méthodes d’Osborne (il demande une fois méchamment puis après c’est une balle dans le genou) feraient frémir d’horreur les membres de Human Rights Watch, de jalousie nos policiers et de nostalgie Jean-Marie Le Pen.

 J’en profite pour vous dire, Jean-Marie, et vous pouvez passer le message à toute la famille, y compris la famille élargie de l'UMP, que je hais ce que vous représentez, les non-dits sur lesquels vous vous appuyez, le double langage que vous utilisez, les sentiments les plus bas que vous sollicitez à chaque élection, votre morale factice, la bêtise humaine qui vous fait prospérer, et je hais aussi fortement l’absence totale de courage et de morale de vos adversaires politiques qui vous donnent tous les jours des raisons d’exister.

 Mais je m’égare…

 Si la violence est très présente dans ce roman, elle est toujours l’expression, la conséquence d’une violence morale sous-jacente, la corruption, le mensonge, la haine,… Elle est aussi une des manifestations de la noirceur de l’âme d’Osborne, et, pour toutes ces raisons, elle n’est jamais gratuite.

 Elle ne doit pas faire oublier les sentiments plus positifs  qui animent Osborne, dont on suit le parcours enfant et adolescent, ses rencontres plus (avec les Maoris) ou moins (avec Hannah) ou complètement (avec son père) manquées, et enfin la destruction programmée d’un être sans repères.

 Moins encore doivent être passés sous silence les évocations nombreuses de la politique erratique au fil du temps du pouvoir à l’égard des Maoris, entre tentatives d’assimilation totale et forcée, négation des rapports à la terre et à la nature qu’entretient cette ethnie, vol pur et simple, pour aboutir aujourd’hui, après une période de prise de conscience symbolisée par l’occupation de Bastion Point et la mise en place du Tribunal de Waitangi, à une situation un peu plus apaisée, favorisée par un niveau de vie global très élevé, mais malheureusement mise à mal par le tournant très libéral pris depuis quelques années.

 Enfin, si Caryl Ferey a perdu dans ce roman un peu de son lyrisme, il a gagné beaucoup en efficacité et maturité, même si l’ancrage dans la société aurait pu être un peu plus marqué.

Titre : Utu

Auteur : Caryl Ferey

Editeur : Gallimard (Série Noire), 399 p., épuisé.

Prix : 

- Folio (21/02/2008) : 8,90 €

- Format numérique : 8,49 €

Note : 4,5/5