le bourreau de gaudi

Milo Malart est au bord du précipice au début de ce roman. Il envisage sérieusement de se lancer du haut d’une falaise, il croit avoir tout perdu : Marc, son neveu, a subtilisé son arme de service pour se suicider. Ce drame a entraîné le départ de sa femme Irène, et il n’a plus le droit d’exercer son travail d’enquêteur au sein des Mossos d’Esquadra dans l’attente de son jugement.

Plus encore, Milo Malart croit être atteint de schizophrénie, maladie qui a frappé son père.

C’est le début d’une série de meurtres atroces – un cadavre est retrouvé pendu et carbonisé au balcon de la Pedrera, bâtiment construit par Gaudi en plein Milla de Oro de Barcelone – qui va remettre en selle Milo ; il doit accepter d’être accompagné par une coéquipière Rebecca Mercader, qui va se révéler être une véritable chica dura, et de voir le psy régulièrement, afin de pouvoir participer à l'enquête, qui va le mener sur les traces d’un tueur qui paraît obsédé par Gaudi et les symboles maçonniques.

Bien sûr, ce roman utilise certains codes du genre : le flic borderline en conflit avec sa hiérarchie, la chica dura qui va se révéler douce avec lui…Mais l’essentiel n’est pas là dans ce roman.

Le bourreau de Gaudi s’attache d’abord à la psychologie de son personnage Milo Malart, en proie à une névrose dépressive et qui peut plonger dans des affres extrêmement profondes en cas d’échec. Avant tout, nous suivons Milo dans sa bagarre contre la vie.

En parlant de personnages, et de psychologie, Aro Sáinz de la Maza nous délivre à l’égal de Francisco Gonzalez Ledesma les multiples images de Barcelone, parc d’attractions touristique, mais aussi cité ancienne et secrète rénovée à grands coups de bulldozers assassins.

Et surtout, Barcelone, au-delà des apparences démocratiques, est gouvernée par une poignée de familles puissantes qui agite l’indépendance catalane comme un hochet censé satisfaire la population ; c’est ce gouvernement occulte, corrompu jusqu’à la moelle, que l’auteur dénonce avec une grande virulence, comme un écho à la lecture lassante de la presse espagnole qui dénonce tous les jours de nouveaux scandales : Fèlix Millet i Tusell, qui a reconnu avoir détourné plus de 3 millions d’euros de la Fondation Orfeon Catalan, Iñaki Urdangarin, accusé de fraude fiscale, de corruption et de détournement de fonds…

Ce roman mêle enquête policière, noirceur des personnages, scandales político-financiers, plongée dans les mille facettes de la ville avec un grand talent.

Aro Sáinz de la Maza fait par ailleurs œuvre utile et pédagogique en décryptant –très simplement -l’œuvre de Gaudi et permet d’approcher la culture maçonnique en laissant de côté l’aspect sulfureux et mystérieux de la chose, trop souvent utilisé par ses confrères.

Certes, ce roman est à la fois dense puisque de multiples sujets sont évoqués et long (664 pages), et pourrait décourager certains (nous ne sommes pas dans un roman de Camilla Lackberg où la même trame est utilisée jusqu’à la corde).

La qualité de l’écriture, précise, vive, et de l’intrigue, les arrière-plans nombreux, font espérer une belle suite. 

Titre : Le bourreau de Gaudi

Auteur : Aro Sáinz de la Maza 

Editeur : Actes Sud (Actes Noirs)

Prix : 

- Actes Sud (03/09/2014) : 23,80 €

- Format Numérique : 14,99 €

Titre original : El asesino de La Pedrera

Traduction de l'espagnol : Serge Mestre

Note : 4/5