horreur boréale

Viktor Strandgård est pasteur, mais pas n'importe lequel : après être devenu une star d'une église libre, il finit sauvagement assassiné : énucléé, les intestins qui se promènent, les mains coupées. Il est retrouvé par sa soeur Sanna dans son église à Kiruna, en Laponie (endroit où il fait très très très froid).

Rebecka Martinsson est avocat dans un cabinet d'affaires à Stockholm (endroit où il fait très trés froid), et, alors qu'elle vient de commencer une nouvelle journée de travail vers les 6 du mat, elle entend la nouvelle à la radio.

C'est le point de départ d'un retour dans le passé pour Rebecka qui va devoir aider Sanna (personnage borderline qui s'occupe tant bien que mal de ses deux enfants, et avec qui elle avait coupé les ponts), à prouver qu'elle est innocente bien que l'arme du crime ait été retrouvée chez elle.

Sous couvert de cette enquête, Asa Larsson (qui écrivait là son premier roman) nous livre un portrait très peu flatteur des Eglises libres de Suède ; fric, baise, pouvoir, corruption. 

Parallèlement à l'enquête policière qui est menée par l'inspectrice Anna-Maria Mella, enceinte jusqu'aux yeux mais qui vient donner un coup de main à son collègue Sven-Erik Stålnacke, sous les ordres du procureur Von Post (horrible personnage qui ne pense qu'à trouver un coupable, n'importe lequel, je note à ce sujet que dans les polars suédois, les procureurs ont souvent des noms à particule et sont souvent des crétins finis), bref, Rebecka replonge dans son passé qui l'a fait quitter Kiruna au moment de ses études.

C'est la découverte de ce passé, plutôt très rude, au sein d'une communauté religieuse (n'allons pas parler de secte) qui fait en partie le grand intérêt de ce roman : comment de jeunes gens plutôt innocents et crédules peuvent être, au nom de la foi, être malmenés et pervertis.

C'est aussi un roman où les hommes en prennent plein la figure, et on peut soupçonner l'auteure (qui exerçait le même métier que son héroïne, avocate fiscaliste) d'avoir voulu régler quelques comptes, on sent le vécu.

L'intrigue est plutôt bien menée (même si l'enquête policière parait un poil bâclée), les personnages principaux pleins de complexité, un humour léger n'est jamais bien loin (je pense notamment à l'origine du nom de Sivving qui est assez marrante où bien aux relations de Rebecka avec son Boss).

C'est un beau portrait, complexe, d'une femme qui a souffert, qui souffre encore, et qui a beaucoup de cran.

Eglise de Kiruna

 

Ce livre nous interroge aussi sur le déracinement, l'héroïne éprouvant beaucoup de nostalgie à l'évocation de son enfance à Kiruna. 

Le Sang versé publié en 2014 en France que j'ai lu mais pas chroniqué se révèle du même tonneau, mais le personnage de Rebecka se trouble, devient moins lisse, plus réel, et je vous recommande de lire les deux.

A noter à propos la ville de Kiruna : outre qu'il y fait très trés très froid, c'est une ville qui a été construite autour d'une mine (exploitée depuis 1899) d'abord à ciel ouvert puis souterraine ; régulièrement, les autorités et les propriétaires publics de la mine sont contraints de déplacer des quartiers entiers de Kiruna menacés par des éboulements en raison de la progression souterraine de la mine.

Ce point n'est pas abordé par l'auteur.

 

Titre : Horreur boréale

Auteur : Asa Larsson

Editeur : Gallimard (Série Noire)

Prix : 

- Gallimard (18/05/2006) : 21,30 €

- Folio Policier  : 7,90 €

Titre original :  Solstorm

Traduction du suédois : Philippe Bouquet

Note : 3,5

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photo d'illustration sous licence Creative Commons